mercredi 15 février 2012

Visite en Tunisie du prédicateur islamiste radical Wajdi Ghenim

Polémique et réactions

• Mohamed Talbi : l’excision est contraire à l’esprit coranique
• Hamma Hammami, S.G. du Pcot : une visite qui détourne l’attention de la réalisation des objectifs de la révolution
• Mohamed Bennour, porte-parole d’Ettakatol, s’indigne contre la visite et les slogans antisémites

La polémique enfle à propos de la visite effectuée sur notre sol par le prédicateur islamiste égyptien Wajdi Ghenim. Qui a lancé cette invitation et qui a donné l’autorisation pour la tenue du meeting qui a eu lieu dimanche dernier à la coupole d’El Menzah ?
Tout le monde s’interroge, même si l’on sait que pareille manifestation ne peut se tenir sans l’accord des autorités officielles et que la coupole d’El Menzah a été prêtée par le ministère de la Jeunesse et des Sports.

C’est le cas, justement, de M. Mohamed Bennour, porte-parole d’Ettakatol, qui déclare que «le gouvernement doit s’expliquer ainsi que le ministre de la Jeunesse et des Sports sur cette affaire». Devant près de 7.000 adeptes enthousiastes et passionnés, scandant des slogans à connotation racistes et antisémites, le prédicateur a tenu des propos sur l’excision ou «la chirurgie esthétique du sexe féminin», selon un euphémisme, qui ont suscité de grands remous sur les réseaux sociaux et au sein de plusieurs partis politiques et de la société civile.
Mais avant de donner la parole à certains représentants des partis, nous avons interrogé l’historien et penseur musulman, Mohamed Talbi, sur la pratique de l’excision : est-elle de mise ou est-ce une obligation dans l’Islam ? Réponse : «L’excision n’existe pas dans le Coran et n’est donc pas obligatoire. Dans le malékisme elle n’existe pas, le malékite ne considère pas l’excision comme une obligation. Il n’y a que les chafiîtes qui considèrent cette manipulation de la femme comme obligatoire afin de supprimer chez elle tout désir sexuel.
L’excision n’existe, donc, que dans le chafiîsme elle est pratiquée en Egypte et dans les pays chafiîtes. C’est une mutilation de la femme qui est contraire à l’esprit coranique, car le Coran considère que l’homme et la femme constituent une seule et même âme dont chaque partenaire est la paire. Et le Coran ne dit pas du tout que la femme doit être, en aucune manière, différente de l’homme.
La circoncision et l’excision sont des pratiques coutumières que l’on trouve en Egypte et chez certains peuples d’Afrique depuis les temps préhistoriques et l’Islam ne se mêle aucunement de ce problème. En Islam, l’acte sexuel est un acte naturel, il n’y a pas d’esprit de frustration et de mutilation».

«Une culture étrangère à nos traditions»

Interrogé sur l’opportunité de la visite du prédicateur égyptien et ses propos sur l’excision, Hamma Hammami, secrétaire général du Pcot (Parti communiste ouvrier de Tunisie), a affirmé : «Wajdi Ghenim a finalement nié avoir prononcé une fatwa sur l’excision et a déclaré avoir évoqué la question en termes d’esthétique. Mais, à mon avis, ce genre de visite montre quel genre de culture certains partis et mouvances veulent imposer au peuple tunisien. C’est une culture moyen-âgeuse, obscurantiste, tout à fait étrangère à sa culture et à ses traditions et en nette rupture avec ses aspirations.
Toutes les forces démocratiques et progressistes doivent combattre ce genre de culture obscure qui ne sert qu’à détourner l’attention du peuple des véritables enjeux et problèmes économiques et politiques et, du plus important, l’élaboration de la Constitution et de la réalisation des objectifs de la révolution».

Un meeting déstabilisateur

De son côté, Mohamed Bennour s’étonne que les autorités accordent une autorisation à ce chantre de l’excision afin qu’il tienne un meeting contraire à l’esprit de tolérance et de modération de la société tunisienne.
Ce meeting ne fait que compliquer les choses et déstabiliser le pays qui traverse une période fragile. Et de poursuivre : «Acte barbare et rétrograde, la pratique de l’excision est étrangère à l’Islam et à nos mœurs et coutumes tunisiennes et maghrébines». Il appelle le mufti de la République à se prononcer sur l’excision qui n’existe pas dans les préceptes de l’Islam.
Et de conclure, en nous informant que le Conseil de l’Ordre des médecins discute, ces jours-ci, de l’établissement de sanctions radiant tout médecin qui se livrerait à la pratique de l’excision.
Enfin, concernant les slogans racistes et antisémites scandés par les adeptes du prédicateur à la coupole d’El Menzah, Hamma Hammami, interrogé, précise que le fait de ne pas faire de distinction entre juifs et sionistes conduit directement à des positions racistes allant à l’encontre de tout esprit démocratique. «Ce que, selon lui, refuse la majorité des Tunisiens, qui sont contre les forces obscurantistes qui n’ont pour but que de voler la révolution».
Mohamed Bennour, lui, appelle «la société civile et le ministère des Droits de l’Homme à prendre position et à condamner de tels slogans racistes contraires aux principes élémentaires des droits de l’Homme et qui touchent non seulement les juifs tunisiens, mais l’ensemble du peuple tunisien connu pour sa cohésion et sa tolérance: les juifs tunisiens ayant fait toujours, tout au long de l’histoire, partie intégrante de notre peuple».
Samira DAMI

2 commentaires:

  1. Réponses
    1. Ghannouchi aime et dit que c là la liberté d'opinion, c lui, en fait, qui dirige le pays.

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