dimanche 27 mai 2012

65e festival internationale de Cannes —Compétition

Dans l’attente du film du festival

Dans l’attente du film du festival
 De notre envoyée spéciale Samira DAMI
Amour de l’Autrichien Michael Haneke, qui se focalise sur un couple d’octogénaires, au crépuscule de leur vie, demeure, jusqu’ici, le film le plus impressionnant des films en compétition de cette 65e édition. Et même Sur la route du Brésilien Walter Salles, l’un des plus attendus du festival, car revisitant le roman mythique de Jack Kerouac, un témoignage sur la «Beat Generation», s’avère conventionnel, voire démonstratif. De son côté, le réalisateur britannique Ken Loach, l’un des habitués de Cannes, sombre dans l’insoutenable légèreté cinématographique. Le détail.
On The Road de Walter Salles était le film le plus attendu sur la Croisette. C’est qu’il s’agit d’une adaptation  du livre emblématique de Jack Kerouac qui témoigne d’une époque, celle de la «Beat Generation», mouvement qui a marqué les années 50 en Amérique et qui a libéré la jeunesse des années 60, ébranlant la société américaine dans ses certitudes. Ce nouveau mode de vie a inspiré, notamment, le mouvement de mai 68, les Hippies de Woodstock, l’opposition à la guerre du Vietnam, etc. Rien d’étonnant, donc, à ce que le roman le plus important de Kerouac, publié il y a un demi-siècle, ait tenté un grand nom du cinéma mondial, Francis Ford Coppola, qui en a acheté les droits dans les années 70. Il finira par approcher Godard, Gus Van Sant et d’autres pour leur en confier la réalisation, mais après avoir vu  Carnets de voyage de Salles, c’est à lui que la tâche sera confiée. Il aura fallu huit ans au réalisateur brésilien pour finaliser l’adaptation au cinéma d’un livre connu pour être inadaptable.
Le résultat révèle une œuvre dont le propos se braque davantage sur la période qui a précédé la «Beat Generation» : Sal Paradine (Sam Riley) apprenti écrivain new-yorkais et Dean Moriaty (Garrett Hedlund) ancien prisonnier au charme ravageur, marié à la très libre et séduisante Marylou (Luanne Henderson).  «Entre Sal et Dean, l’entente est immédiate et fusionnelle, décidés à ne pas se laisser enfermer dans le carcan de la vie, ils décident de rompre les amarres et de prendre la route avec Marylou. Assoiffés de liberté, les trois jeunes partent à la rencontre du monde, des autres et d’eux-mêmes... »
Le film s’ouvre sur les chapeaux de roue quand Sal Paradise (Sam Riley) prend place dans une camionnette aux côtés d’ouvriers qui viennent de vivre les années de la Dépression et de la guerre... En maître du road movie (Terre lointaine et Central Do Brasil), Salles nous emmène en voyage à travers les grands espaces sublimés de l’Amérique, filmés toutes saisons confondues, que les deux protagonistes découvrent et apprécient. Ces scènes marquent l’attachement de cette génération à la nature,  l’épopée vers l’ouest, la spiritualité et à la cosmogonie. En parfaite harmonie avec cette nature majestueuse, les personnages se libèrent et vivent des moments d’intense liberté sans contraintes et sans tabous : amour, musique, danse, drogue, conflits, séparation, amitié brisée, la fin d’un rêve...L’important, c’est de privilégier les sentiments  et la vie dans toute sa simplicité sur les préjugés et l’hypocrisie sociale. Irrigué par le jazz, le film swingue entre moments énergiques et silences contemplatifs. Hélas le film,  dont l’une des qualités est le casting, car si bien interprété,  demeure sans point de vue et tombe parfois dans l’illustratif tout en véhiculant une forme, somme toute conventionnelle.  En narrant l’éveil politique et social de deux jeunes Américains, vers la fin des années 40, Salles a su reconstruire et revisiter une époque, qui par plusieurs de ses aspects rappelle tant les temps actuels où sévit la crise économique et une jeunesse cassée qui refuse le poids de l’autorité. Sans plus. 
De son côté, Ken Loach, le réalisateur britannique, présent presque sans discontinuer depuis quelques années,  dans la sélection officielle de Cannes, concourt cette année pour la Palme d’or avec  La part des anges, une comédie sociale où, fidèle à son habitude, il met en scène des personnages de la classe ouvrière méprisée, mais qui fait montre d’ingéniosité et de résistance:   Robbie est un tout jeune père de famille constamment rattrapé par son passé de délinquant, mais sa compagne veut qu’il se rachète une nouvelle conduite pour élever leur fils dans la dignité. Très vite, Loach bifurque vers la comédie et le thriller, signant là un film léger, très léger juste pour le divertissement, une œuvre mineure, mais drôle... Ceux qui s’attendaient à voir le Loach habituel ont vite fait de déchanter. Car c’était un opus juste pour rire et amuser la Croisette. Décidément on attend toujours le grand film du festival.

CINÉMA : 65e Festival international de Cannes, sélection officielle, séance spéciale

Le serment de Tobrouk : le regard narcissique de B.H.L. sur la révolution libyenne


Le serment de Tobrouk : le regard narcissique  de B.H.L. sur la révolution libyenne

...Ce soir le palmarès
De notre envoyée spéciale à Cannes
Samira DAMI
En attendant la proclamation du palmarès, ce soir, focalisons-nous sur Le serment de Tobrouk  film- documentaire coréalisé par Bernard Henry Levy (B.H.L.) et Marc Roussel, qui a été projeté hier en séance spéciale au 65e festival de Cannes. Toutefois, contrairement à la tradition, c’est la conférence de presse qui a précédé la projection du film. Afin de justifier cette exception, Thierry Frémaux, le délégué général du festival, a expliqué: «Nous voulions que la conférence porte sur ce dont parle le film et non sur le film lui-même». Entouré d’une délégation libyenne composée d’acteurs de la Révolution, qui sont également des personnages du film,  ainsi que des représentants de l’insurrection syrienne dont deux hommes aux visages cachés par des lunettes noires et un drapeau vert, B.H.L. a révélé que ces deux «déserteurs» «venaient d’arriver,  il y a quelques heures, de Syrie dont ils sont sortis clandestinement pour voir le film».
Le serment de Tobrouk raconte la Révolution, ou plutôt la guerre libyenne, vue de l’intérieur par l’écrivain et philosophe devenu activiste, dès les années 90, quand il a joué au témoin engagé dans les guerres et conflits d’Afghanistan,  de Bosnie et du Darfour.
C’est de son propre point de vue à la limite narcissique que B.H.L. vogue, pendant six mois, du printemps à l’automne 2011, d’une capitale à l’autre, Paris, Londres, Washington... pour convaincre les grands de ce monde Nicolas Sarkozy, Hillary Clinton, John Cameron, de la nécessité d’une intervention militaire en Libye pour venir en aide au peuple libyen, qui risque un massacre, ainsi qu’ aux révolutionnaires contre l’oppression et la dictature. B.H.L. a même rencontré Netanyahou et Ehud Barak pour les convaincre d’aider les révolutionnaires. Il faudrait, donc, comprendre qu’Israël a également contribué à la chute de Gueddafi.
Témoin, acteur et narrateur, le coréalisateur est le personnage central et moteur du film : costume noir et chemise blanche, incontournable, il est sur tous les fronts : Misrata, Djebel Nafoussa, Bani-Walid, Tripoli, sur terre,  air et mer, dans divers décors, entre désert, villes, villages et ruines et salons libyens et parisiens où il négocie la venue du CNT à Paris, l’ouverture d’un deuxième front à Nafoussa, la reconnaissance du CNT par le Sénégal  et autres actions jusqu’à la victoire finale marquée par la mort de Gueddafi, scène qui ouvre le film, lequel commence, paradoxalement,  par la fin.
B.H.L. monopolise  l’image, mais aussi la bande son puisqu’il raconte, en off, ce journal intime d’une guerre «peut-être pas encore finie» selon lui et dont il justifie  le bien-fondé, quel qu’en soient les dérapages, entre violence, extrémisme religieux, application de la charia, etc. «C’est une action qu’il fallait entreprendre», énonce le propos.
Filmé de manière subjective, du point de vue de l’auteur, cet opus prône «le droit à l’ingérence,  pour arrêter le massacre d’un peuple». C’est pourquoi il mène la danse à la tête d’un groupe d’activistes libyens, Souleiman Fortia, architecte incarnant la résistance de la ville de Misrata, Mansour Sayf Al-Nasr, opposant de la première heure à Gueddafi depuis le début de son règne, Ali Zeidan, président de la Ligue des droits de l’Homme libyenne, et l’un des trois membres du C.N.T. représentant itinérant du président du C.N.T. Mustapha Abdeljelil...C’est à croire que la victoire des rebelles libyens est due à l’action politique menée par l’auteur-réalisateur de Bosna. Et les révolutionnaires ? N’est-ce pas eux qui ont mené cette révolution ?
Au plan de la forme, ce long-métrage, qui a été filmé avec un appareil photo Canon 5D transformé en caméra, relève du documentaire politique informatif relatant à la première personne le making of d’une guerre à travers le prisme et le regard personnel de son auteur déroulant au fil du récit, de manière démonstrative,  ses dires et allégations.
Au cours de la conférence de presse, le coréalisateur a insisté sur le fait que la présentation du film à Cannes a, notamment, pour but «de convaincre que la communauté internationale peut se donner les moyens militaires et moraux, comme ce fut le cas concernant la Libye, d’intervenir en Syrie où se trame, souligne-t-il, une tragédie» Propos relayé par l’intervention des deux hommes masqués syriens qui ont relaté «la tragédie que vit la Syrie au rythme quotidien des morts, des destructions et de l’exil contraint de la population». Et de s’étonner que la communauté internationale n’intervienne pas, comme en Libye, contre la dictature  et l’oppression. C’est ce qu’ont répété, d’ailleurs, la plupart des intervenants libyens, qui ont au passage remercié B.H.L. et l’Occident pour leur contribution au changement en Libye, et des opposants syriens lors de la  conférence de presse, transmettant ainsi un message clair et limpide à l’Occident.
Quoique certaines questions des journalistes aient été éludées, telle cette question d’un journaliste israélien demandant si la Libye comptait établir des relations avec Israël, les intervenants ont répondu à d’autres. Interrogé sur son positionnement par rapport à l’application de la charia en Libye B.H.L. a rétorqué :  «On ne peut pas dire que la Libye a établi la Charia, si je me suis battu à Tripoli et à Nafoussa, c’est pour la réconciliation entre le monde islamique et la démocratie. C’est le sens de mon combat et je reste persuadé que l’Islam peut s’incorporer  et faire alliance avec les grands principes de la démocratie». Il a également réfuté les combats entre le CNT et les rebelles, affirmant «qu’il ne faut pas croire qu’au mal succède le bien, mais un moindre mal».
«La révolution libyenne serait-elle motivée, comme le pense  une bonne partie de l’opinion internationale, par des intérêts économiques, dont notamment la mainmise sur le pétrole, et celle syrienne aurait-elle pour but d’affaiblir la Syrie» ? A cette question de La Presse, le philosophe-activiste  a répondu : «Dire que la révolution libyenne a pour enjeu le pétrole est une sottise, car c’est la première intervention militaire qui n’a aucun enjeu : ni d’occupation, ni de colonisation comme c’était le cas en Irak. Arrêtez les théories conspirationistes et nettoyez vos écrans ! Maintenant dire que l’intervention en Syrie viserait à affaiblir l’Iran, je dirai, au risque de vous choquer, que je ne suis pas contre, la Syrie est le bras armé de l’Iran...Je souhaite que ce que nous racontons dans le film vaille pour la Syrie et j’en suis partisan quelles qu’en soient les motivations».  Enfin, concernant une question de l’AFP lui demandant comment peut-il se considérer ami des libyens alors qu’il considère que le Golan est une terre sacrée d’Israël,  il a répondu : «Non je ne considère pas qu’il y ait de terre sacrée et sûrement pas celle-là».
S.D.

samedi 26 mai 2012

65e Festival international de Cannes — Sélection officielle

Le jeu de miroir

Le jeu de miroir
De notre envoyée spéciale Samira DAMI
Le marathon des films en compétition se poursuit et fort heureusement tous les grands noms du cinéma n’ont pas tous déçu lors de ce 65e Festival de Cannes. Tel Alain Resnais dont le premier long métrage, Hiroshima mon amour, écrit par Marguerite Duras, a permis, selon le réalisateur Louis Malle, « de faire un bond dans l’histoire du cinéma». En compétition avec Vous n’avez encore rien vu, il a séduit la majorité de la critique ainsi que le public cannois. Un autre nom important du cinéma africain, cette fois-ci, a convaincu lui aussi et ce n’est autre que Moussa Touré grâce à son dernier-né La pirogue, programmé dans la sélection officielle : «Un certain regard». Le détail.
90 ans et tout son savoir-faire artistique intact. Alain Resnais le réalisateur de Hiroshima mon amour et de La vie est un roman a séduit la majorité de la critique avec un 20e long-métrage, Vous n’avez encore rien vu qui s’est avéré d’une grande poésie et originalité cinématographique. Dans cet opus, programmé en compétition, Alain Resnais a convoqué tous les arts : le cinéma, le théâtre, la vidéo-télé, la poésie, la musique et cerise sur le gâteau la sensibilité aussi.
Le film s’ouvre sur une scène- trouvaille où un célèbre auteur dramatique, Antoine d’Anthac, convoque par-delà sa mort, tous les amis qui ont interprété sa pièce Eurydice. Ces treize comédiens ayant reçu chacun un message téléphonique ont pour mission de rejoindre la demeure du dramaturge et de visionner une captation d’une répétition de cette œuvre par une jeune troupe, la compagnie de la Colombe. En regardant, sur un grand écran, les jeunes comédiens répéter, leurs aînés qui ont tous à un moment de leur carrière joué le texte se remémorent graduellement et les souvenirs remontent : d’abord de bribes de répliques, ensuite toutes les répliques qu’ils ils se mettent, au final, à jouer, relayant, dans de longues séquences, la troupe des jeunes.
Comme dans un jeu de miroir, le réalisateur construit son film sur plusieurs niveaux dans un va-et-vient entre plusieurs espaces : le dedans, le dehors, la captation de la pièce, plusieurs niveaux de narration entre réalité et fiction et plusieurs registres de jeu, d’où la pléiade d’acteurs qui interprètent le film. Ainsi trois générations de comédiens campent Eurydice (Sabine Azéma, Anne Consigny et Vimala Pons) et Orphée (Pierre Arditi et Lambert Wilson et Sylvain Dieuaide). On l’aura compris il s’agit, en fait, d’une adaptation originale, moderne et lumineuse de Eurydice, la pièce de Jean Anouilh, mais aussi de Cher Antoine du même auteur. L’ensemble est inspiré du mythe d’Orphée, un chassé-croisé entre la vie, l’amour, le destin, la mort et même la vie après la mort, charriant une kyrielle de sentiments entre incertitude, jalousie, espoir et désespoir, souffrance et bonheur...
Mis à part le sens, Resnais explore la relation entre le cinéma et le théâtre, en particulier, et l’écriture en général, il les fait se rencontrer grâce à son imaginaire, mais en se fondant sur le jeu des comédiens qui sont à la fois comédiens de théâtre et de cinéma et auxquels il rend hommage. Une belle brochette d’acteurs, il est vrai : Michel Piccoli, Pierre Arditi, Lambert Wilson, Hippolyte Girardot, Sabine Azéma, Anne Consigny, Anny Duperey, Mathieu Amalric, et d’autres. Encore une fois, Alain Resnais, comme l’ont si bien affirmé ses biographes, «arpente la mémoire en composant ses films».
Ayant obtenu, en 2009, un Prix spécial à Cannes pour l’ensemble de son œuvre à l’occasion de la projection en compétition de Les herbes folles, le réalisateur de Smoking/No Smoking arrivera-t-il à séduire aussi le jury de cette 65e édition et son président Nanni Moretti ? Le palmarès nous le dira.

Et La pirogue de Moussa Touré va

La Pirogue du Sénégalais Moussa Touré, film hors compétition, se focalise sur l’immigration clandestine et les victimes de marchands de faux rêves comme il en existe partout en Afrique. Il est dédié aux 5000 Africains de l’ouest qui ont péri en mer sur des embarcations de fortune, en essayant d’atteindre les côtes de l’Europe. Le film s’ouvre sur une scène de lutte traditionnelle afin de donner le ton, or, il sera justement marqué par une lutte acharnée pour la survie et pour la réalisation du rêve afin d’échapper à la misère. Car, ces voyageurs clandestins qui aspirent à un ailleurs plus clément et meilleur sont la victime d’une chaîne d’exploiteurs et de responsables : l’Etat qui laisse faire au lieu de faire travailler les jeunes et les passeurs cyniques qui ne sont intéressés que par le profit.
Dans un quasi -huis clos, le réalisateur de Toubab Bi et de Poussières de ville filme les dangers de la traversée dans cette pirogue, captée tel un personnage principal, et qu’il a exploité dans ses moindres angles et recoins. Le récit s’égrène au fil des situations tantôt calmes, tantôt tendues, les personnages de différentes origines ethniques dont une seule femme, s’agitent soit dans la complicité et la solidarité soit dans l’adversité et la rancœur. Les tensions, la peur, les moments de doute, d’espoir ponctuent le récit non dénué de rebondissements, comme lorsque une bagarre surgit, quand le moteur de la barque s’arrête ou qu’une grande tempête survient et que la mort guette. Touré réussit à interpeller, voire à susciter l’émotion, lorsque un père tient son fils mort dans les bras ou quand s’élèvent dans le ciel gris ou clair ces complaintes africaines déchirantes sur la vie et la mort. Touré réussit, également, à placer son message : tout ce calvaire et ces milliers de morts, juste pour un ailleurs incertain et des horizons bouchés, se justifient-ils encore et toujours alors que la crise sévit partout, même en Occident, et que les frontières sont hermétiquement fermées ? Ne vaudrait-il pas mieux essayer de s’en sortir chez soi dans son propre pays, s’interroge le réalisateur ?
La mise en scène se particularise par sa sobriété si l’on excepte quelques lenteurs dans le rythme et cette scène incompréhensible montrant trois protagonistes se jetant dans l’eau alors que les mobiles de leur geste ne sont pas apparents. Et cette scène si éloquente, si attachante où, comme dans un jeu de miroir, se profilent la savane sénégalaise et un arbre séculaire dans le souvenir d’un des personnages, un vieil homme, si digne, mais contraint à l’exil soulignant, ainsi, l’importance des racines et de l’identité. Maîtrisé, le filmage favorise les gros plans et le cadrage en biais afin de suggérer cet autre horizon que scrutent et auquel aspirent les passagers clandestins. Cependant la multiplication des regards entre les différents personnages n’est pas du meilleur effet et semble superflue. Interprété dans la justesse par Souleymane Seye Ndiaye, Laîty Fall et Balla Diarra La Pirogue ne fait que confirmer le talent de Moussa Touré convaincant dans ce drame social à dimension continentale tant il concerne aussi bien l’Afrique que bien d’autres continents.
Auteur : S.D.
Festival international de Cannes

Le temps des pronostics

Le temps des pronostics
De notre envoyée spéciale Samira DAMI
L’heure est au pronostic au Festival de Cannes et les films pressentis pour la palme ne sont pas légion, il faut dire que le 7e art n’est plus ce qu’il était comme si «l’île cinéma serait en décrue». Bref, les pronostics, à l’approche de la proclamation du palmarès, demain, parcourent la Croisette. Et c’est Amour de l’Autrichien Michael Haneke, mettant en scène deux octogénaires au crépuscule de leur vie, qui a jusqu’ici les faveurs de la critique internationale. Au-delà des montagnes du Roumain Cristian Mungiu, détenteur de la Palme d’or en 2007 avec Quatre mois, trois semaines et deux jours, qui propose une réflexion sur la religion et la responsabilité des religieux, à partir d’un fait divers : la mort d’une jeune fille, qui souffre d’une amitié perdue, après une séance d’exorcisme. Un film sobre sur l’amour et l’abandon. Dans la brume du Biélorusse Sergeï Loznitsa se décline comme le film du festival, merveilleusement ciselé dans une mise en scène profonde véhiculant des propos tout aussi important tant il pose des questions d’une actualité brûlante sur la guerre, la résistance, la traîtrise, la vengeance, la morale et la mort, etc. Mais s’il y a une quasi-unanimité sur les films les plus décevants tels Paperboy de l’Américain Lee Daniels, hué en séance de presse, malgré la présence dans le casting de Nicole Kidman dans des scènes chocs, Après la bataille de l’Egyptien Yousri Nasrallah, Reality de Matteo Garrone, Des hommes sans loi de l’Américain John Hillcoat... certains tels Holy Motors du Français Léos Carax ou encore Cosmopolis du Canadien David Conenberg, accueilli par la critique avec des applaudissements mais aussi des huées, ont divisé les festivaliers. Le détail.
Dans la brume fait partie de ces films qui peuvent être situés dans n’importe quelle époque tant son propos et ses questionnements sont universels : il s’agit de la confrontation entre deux résistants et un traître, Souchéna, dans une forêt russe en 1942, ses anciens camarades veulent l’exécuter parce qu’il est le seul rescapé d’un groupe de résistants biélorusses pendus par les Allemands pour un acte de sabotage. Cette adaptation du roman de Vasyl Bykov, écrivain biélorusse, sécrète une atmosphère sombre et oppressante d’une époque de guerre et de crise où l’homme est livré à lui-même et à sa propre vérité...Ciselé de main de maître dans des scènes composées comme des tableaux où dominent les gros plans, révélant la psychologie des personnages dans toute leur profondeur, Dans la brume laisse ses personnages anti-héros empêtrés dans le monde de la forêt, jungle sauvage et silencieuse, et dans le brouillard, l’avenir est brumeux, obscur, sans éclaircie. Ce qui laisse peu de place à l’espoir.
Parmi les films qui ont divisé la critique internationale et les festivaliers : Cosmopolis d’une actualité brûlante est une adaptation du roman de Don DeLillo (cette édition comporte beaucoup de films adaptés) qui fustige le capitalisme, spectre qui hante le monde à travers le personnage tragique d’un trader, un génie de la finance, Eric Parker (Robert Pattinson) quasi prisonnier de sa limousine blanche à la dérive dans les rues cahotiques de New York. En raison des embouteillages causés par la visite du président américain dans la ville, les manifestations contre le système financier et les funérailles d’un rappeur. Au milieu de cette cacophonie ambiante, Eric n’a qu’un désir : se couper les cheveux chez le coiffeur de son père dans le quartier pauvre de son enfance. A cette fin, il vivra une journée longue comme s’il avait vécu toute une vie. Dans sa «limo», il convoque ses conseillers, ses maitresses, son médecin...Comment se libérer de cette limousine, sorte d’écran entre lui et le monde ? La violence sera le choix ultime, le film étant une quête de libération et de liberté. Encore un film oppressant nous disant que le monde a besoin d’être purifié et nettoyé pour renaître à nouveau. Ce qu’on peut reprocher à ce film, quasi-entièrement tourné dans une limousine, c’est d’avoir collé au roman, à la virgule près, perdant ainsi en route le cinéma pour se noyer dans le verbe et le bavardage. Ce que ne supporte pas le cinéma. Sans compter que la séquence finale entre Eric et celui qui veut le tuer, d’une durée d’une vingtaine de minutes, qui aurait pu être un morceau d’anthologie est quasi ratée, car sans puissance, ni intensité, ni émotion. Cronenberg est loin de son chef-d’œuvre La promesse de l’ombre.
Holy Motors du Français Léos Carax a également divisé la critique. Ce troisième film français en compétition, met en scène l’errance de M. Oscar (Denis Lavant, comédien fétiche du réalisateur), la référence au cinéma est claire. Un voyage au bout de la nuit où un mystérieux personnage traverse Paris en limousine, conduite par son chauffeur, Céline, une grande dame blonde. Oscar change sans cesse d’identité et incarne en fait neuf personnages errant allant d’un décor à l’autre, s’arrêtant tantôt dans un cimetière, tantôt dans les égouts, tantôt dans la Samaritaine en rénovation. Ces décors sont habités par des personnages, façon fantômes ou façon virtuels, délurés. Le changement d’identité de M. Oscar correspond non seulement à une quête de soi, mais aussi à une «recherche du cinéma perdu». Il est vrai que Carax a vu juste : le cinéma n’est plus ce qu’il était... C’est pourquoi, en guise de renouveau et d’inventivité, fidèle à son style, il explore son propre cinéma pour proposer une plastique des plus fantasques. Mais à force de pousser sa recherche exploratrice, l’auteur de Les amants du pont neuf qui en profite pour stigmatiser, au passage, notre époque en déliquescence, en vient à faire sombrer également son récit dans l’errance et l’incohérence.
Auteur : S.D.

mardi 22 mai 2012

65e Festival international de Cannes

Entre déception et séduction


Entre déception et séduction

 De notre envoyée spéciale Samira DAMI
C’est sous une pluie battante et ininterrompue, jamais vue auparavant en ce mois de mai, que se déroule, depuis deux jours, le Festival de Cannes.  Par ce temps froid et humide, il vaut mieux être dans les salles qui ne désemplissent guère, d’ailleurs, même sous le soleil et par beau temps. C’est qu’il y a, ici, un enthousiasme  remarquable pour le cinéma. Le marathon continue, donc, mais peu de films  de la compétition ont marqué cette 65e édition. Des déceptions, il y en a eu,  et elles sont d’autant plus grandes qu’elles sont le fait de grosses pointures du 7e art, vraisemblablement sélectionnées  plutôt en raison de leur nom que de leur œuvre.  L’Iranien Abbas Kiarostami, par exemple, qui, dans  Like someone in love  continue ses pérégrinations internationales et se perd cinématographiquement,  cette fois-ci au Japon, en explorant, encore une fois, un univers qui n’est pas le sien. Comme cela fut le cas, en 2009, dans Copie conforme dont l’action se déroule en Italie et qui avait valu un prix d’interprétation féminine à l’actrice Juliette Binoche.
 Like someone in love porte  le même titre que le célèbre standard de jazz, interprété, dans ce film, par Ella Fitzgerald. Et l’on comprend, donc, pourquoi  cet air sublime s’incruste tant au fil des scènes, c’est qu’il représente l’élément le plus intéressant du film, pour ne pas dire le seul.  Le dernier-né du réalisateur de Ten et Le goût de la cerise met en scène une rencontre à Tokyo entre un vieil universitaire très érudit, garant de la tradition, une jeune et séduisante étudiante qui vend ses charmes pour payer ses études et un jeune homme jaloux au bord de la crise de nerfs, voire de l’explosion. Une relation qui culminera dans la violence qui se noue entre les trois personnages. Que veut nous dire Kiarostami ? Que le monde, que ce soit au Japon ou ailleurs, est de plus en plus cruel, sans repères et sans valeurs morales. Assurément. Mais l’inconvénient c’est qu’il le dit de manière si peu crédible, si légère qui se veut amusante, mais qui rate le coche. Pauvreté du sens et de la construction dramaturgique, certes, mais aussi de la forme qui s’avère sans innovation créative, le réalisateur restant fidèle à quelques-uns de ses partis pris, en insistant sur la durée des plans et en multipliant les scènes où il filme ses personnages à l’intérieur de voitures. Que dire maintenant ? Sinon qu’il est temps que Kiarostami mette fin à «sa période internationale» et retourne à sa «période iranienne», laquelle a sécrété ses plus beaux films et dont on est vraiment nostalgique.  A moins que...
Un autre lot de films a suscité la déception : Reality de l’Italien Matteo Garrone, qui traite linéairement et superficiellement du monde factice de la téléréalité, Paradise : Love de l’Autrichien Ulrich Seidl, premier épisode d’une trilogie sur la vie sentimentale des Autrichiennes et Lawless (Des hommes sans loi) de l’Américain John Hilcoat qui se décline comme une énième version des années de la prohibition en Amérique, mais sans créativité aucune, sans compter la longueur et la pesanteur qui finissent par plomber carrément cet opus prétentieux et sans intérêt.

L’important c’est l’humain

Quelques films, jusqu’ici, ont emballé la Croisette : La Chasse du Danois Thomas Vinterberg, l’un des initiateurs du manifeste Dogma 95, qu’il a fondé avec son compatriote Lars Von Trier, qui est depuis l’année dernière persona non grata au Festival de Cannes. La Chasse est le septième opus de Vinterberg, le premier étant son film-culte Festen qui avait également agité la Croisette et obtenu en 1998 le prix du jury. Dans cet opus-là, le cinéaste met en scène la vengeance de plusieurs victimes d’un despote familial pédophile, dont le dernier c’est, au contraire, Lucas, un père divorcé qui travaille dans la garderie d’un village, et chasseur à ses heures, qui est accusé d’attouchements sexuels par la petite fille de son meilleur ami, Klara. Mensonge ou vérité ? Peu importe, personne ne cherche à savoir, car c’est aussitôt l’hystérie collective et la chasse qui commence, tout le village se met à répandre toutes sortes de rumeurs sur Lucas, banni du village et désormais seul contre tous. C’est le début de la descente aux enfers pour ce chasseur pris au piège du réflexe de Panurge et de l’hypocrisie sociale. Le spectateur sait que Lucas est innocent et s’identifie à lui d’autant qu’il jouit d’une beauté physique et morale, mais c’est probablement cette identification qui mine quelque peu le film émoussant suspense et mystère. Film sur le pouvoir du mensonge et la fragilité humaine, La Chasse vaut certainement par la performance de l’acteur nordique Mads Mikkelsen qui lui vaudra peut-être un prix d’interprétation masculine.
Amour de l’Autrichien Michael Haneke, Palme d’or avec Le Ruban blanc en 2009, a séduit les festivaliers, grâce, notamment, au thème qu’il traite, mais également à la rencontre et à la performance d’un couple d’acteurs magnifiques, Jean-Louis Trintignant, 81 ans (Georges), et Emmanuelle Riva, 85 ans (Anne), l’héroïne de Hiroshima mon amour. Georges et Anne, très unis, sont  mariés depuis des décennies, professeurs de musique classique et de piano à la retraite, ils partagent les choses de la vie, mais surtout le bonheur que procure la musique, mais un jour, Anne,  saisie d’une absence suivie d’une attaque,  devient hémiplégique. Après l’opération, elle demande à Georges de lui promettre de ne jamais la laisser retourner à l’hôpital... Il tiendra promesse, prendra soin d’elle et écartera les quelques visiteurs, même sa propre fille Eva. Mais petit à petit, Anne sombrera dans la démence... En fait, le film est un long flash-back car il s’ouvre sur un prologue où des agents de la protection civile découvrent Anne morte sur son lit. Le ton est donné, Haneke filmera la lente agonie de la vieille femme dans le saisissant huis-clos d’un appartement parisien défraîchi où seuls la bravoure et l’héroïsme de Georges vont transparaître. Ni crise de nerfs, ni voyeurisme, ni misérabilisme sentimental, ni mélo, mais de la dignité humaine surtout. Simple et sobre dans la forme, Amour véhicule des tas de questionnements : la vie a-t-elle  un intérêt quand elle n’est plus que souffrance et déchéance physique ? Vaut-elle la peine d’être vécue? Pourquoi cet acharnement ? Georges trouvera la réponse dans un épilogue saisissant d’humanité. L’important c’est toujours l’humain. Les deux interprètes pourraient probablement être récompensés. Vous n’avez rien vu, le dernier-né d’Alain Resnais  qui revisite à sa manière Eurydice, la pièce de Jean Anouilh, n’a pas non plus laissé indifférent le public cannois. Nous y reviendrons.

S.D.

lundi 21 mai 2012

65e Festival international de Cannes

Présence tunisienne : des jeunes à la recherche de visibilité

Présence tunisienne : des jeunes à la recherche de visibilité
 De notre envoyée spéciale Samira DAMI
Le cinéma tunisien est pour la énième année absent de la sélection officielle du 65ème Festival de Cannes, dans les autres sections parallèles aussi, mais plusieurs producteurs et surtout jeunes cinéastes sont présents sur la Croisette et profitent  du pavillon tunisien, trônant au village international, pour donner une visibilité à leurs films, entre courts et longs métrages. Une visibilité qui se décline à travers plusieurs actions : montrer les films dans le but d’une éventuelle sélection aux festivals internationaux, rechercher des compléments de financements ainsi que des options de vente au marché du film qui compte pas moins de 1000 participants venus de 99 pays. Cela outre la participation au «Short-Film Corner», sorte de forum où ont été mis à la disposition des professionnels et du public plus de 2000 courts métrages dont dix tunisiens. Le détail.
Hbib Attia, producteur, a quatre projets, à différents stades de production : Ya Man Ach ou C’était mieux demain un long métrage documentaire de Hend Boujemaâ, Maudit soit le phosphate de Sami Tlili,en phase de montage, Shallat Tounés de Kawther Ben Hnia en cours de montage, enfin Palestine Stéréo, un long métrage de fiction de Rashid Maâsharaoui  en phase de développement. Cet opus bénéficie déjà du Fonds Sud et d’autres financements du Moyen-Orient et de la Norvège et la recherche de fonds continue à Cannes. Le tournage débutera en octobre 2012 à Ramallah avec la participation de plusieurs techniciens tunisiens dont le chef opérateur Tarak Ben Abdallah, l’acteur principal pressenti n’est autre que Lotfi Abdelli. Rappelons que le précédent film du réalisateur palestinien, Leila’s Birthday, a été également coproduit par ce même producteur.
«C’était mieux demain a été sélectionné au Fidlap qui est une plateforme internationale de coproduction où sont soumis des films du monde entier à différents stades de la production et les 12 projets de films internationaux sélectionnés sur les 300 qui étaient en lice seront présentés aujourd’hui, lundi, à 11h30, à Cannes aux professionnels et à la presse internationale. Le Fidlap est amarré au Festival international du documentaire de Marseille, le plus important dans le genre en France. J’entreprends également des contacts avec plusieurs directeurs de festivals dont Locarno, Toronto et autres pour d’éventuelles participations, sans compter l’importance du marché qui particularise, notamment, le Festival de Cannes», explique Hbib Attia patron de Cinétéléfilms.

dimanche 20 mai 2012

65ième festival de Cannes

La Tunisie abritera le siège du Fonds panafricain pour le cinéma


La Tunisie abritera le siège du Fonds panafricain pour le cinéma

 De notre envoyée spéciale Samira DAMI
• Le Fpca, un outil exemplaire de solidarité interafricaine, tant attendu par les cinéastes africains, en voie de concrétisation

C’est fait, le siège administratif du Fonds panafricain pour le cinéma et l’audiovisuel (Fpca) élira domicile en Tunisie, puisque l’appel  lancé par M. Mehdi Mabrouk, ministre de la Culture, présent sur la Croisette, a été accepté par M. Clément Duhaime au nom de l’OIF (Organisation internationale de la Francophonie) et appuyé par les ministres de la Culture de la Côte d’ivoire et du Gabon. C’était  hier, au cours d’une rencontre et conférence de presse  organisée au pavillon des  «Cinémas du monde» pour la mise en œuvre effective du Fpca. Rappelons que l’idée de ce Fonds  est née il y a  quatre ans déjà et que c’est lors du Festival de Cannes 2010 que le projet a été annoncé devant la presse internationale. Les objectifs et missions du Fpca sont clairs : soutenir financièrement la production de films pour le cinéma et la télé et la finition de films déjà produits, favoriser l’émergence de films africains et de séries panafricaines de qualité, promouvoir la coopération sud-sud, réconcilier le cinéma de ce  continent avec son public en répondant à ses attentes, besoins et aspirations et permettre, enfin, à un milliard d’Africains de se réapproprier leur histoire, d’affermir leur identité et de partager leur vision avec le reste du monde.
L’appel du ministre de la Culture tunisien, lancé devant un parterre composé de ministres de la Culture de la Côte d’Ivoire et du Gabon, de représentants  et de professionnels des cinémas africains, a été précédé par une déclaration où il a exprimé sa satisfaction et sa fierté quant au chemin parcouru par le cinéma africain et à sa présence à Cannes pour la mise en œuvre du Fpca. Et d’ajouter : «La  Tunisie a été le premier pays à encourager le cinéma parce qu’il représente outre la création, une richesse culturelle pour les peuples. La Tunisie a, grâce au militant Taher Cheriaâ, créé les JCC (Journées cinématographiques de Carthage), contribué à la naissance du Festival panafricain de Ouagadougou (Fespaco) et à la création de la Fédération panafricaine des cinéastes (Fepaci) avec la contribution du cinéaste sénégalais Sembene Ousmane. Ce sont ces deux militants qui ont lancé depuis 1969 à Alger l’idée de ce Fonds dans un même idéal de coproduction et de solidarité sud-sud et il va de soi qu’aujourd’hui le pays des JCC la soutienne et la concrétise». Et de proposer deux motions : la première remerciant l’OIF et son secrétaire général Abdou Diouf et la deuxième consistant en une demande de création d’un conseil d’orientation du Fonds après avoir créé les bases de la structure juridique dudit Fonds tout en affirmant que la Tunisie est prête à le soutenir et à l’accueillir.
M. Duhaime a souligné que plusieurs autres pays et organisations ont annoncé leur soutien au Fpca, suite aux adresses écrites dans ce but par Abdou Diouf à tous les chefs d’Etat africains : le Gabon, le Bénin, le Maroc, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, etc. Et d’ajouter : «Nous avons fait une étude de fiabilité et de gouvernance de ce Fonds et nous sommes rassurés vu les engagements très forts de la Tunisie, du Gabon et d’autres pays et associations. Il est important que les gouvernements africains se donnent les moyens de leur politique nationale concernant le cinéma». Et d’annoncer que c’est le cinéaste sénégalais Moussa Touré dont le long métrage La Pirogue est programmé en sélection officielle qui sera le parrain du Fpca pour l’année 2012. Très ému, Touré  a appelé les gouvernants à apporter leur soutien au Fonds afin que les films soient tournés dans les langues africaines et non pas en langue française, comme c’est actuellement le cas.
Les ministres de la Culture de la Côte d’Ivoire et du Gabon ont approuvé les deux motions de leur homologue tunisien et ont appuyé l’appel de la Tunisie déclarant que «Les révolutions et changements de pouvoirs dans les pays africains ont créé une dynamique politique nouvelle et une volonté de prendre nos propres destins en main». Le cinéaste Férid Boughedir, l’un des animateurs de la rencontre, a indiqué visiblement très satisfait: «C’est un  grand jour, car 43 ans durant, et ce depuis 1969, date de la création de la Fepaci, les cinéastes africains n’ont pas baissé les bras, ils ont créé le Fespaco et d’autres festivals et structures outre les marchés du film... Je veux rappeler que ce que les Européens ont réalisé dans le domaine du cinéma peut fonctionner en Afrique et c’est d’autant plus important que cela garantit l’indépendance de l’image et du cinéma du Continent. Que le rêve devienne réalité».
Enfin dans une déclaration à La Presse le ministre de la Culture a indiqué : «C’est un honneur pour la Tunisie d’accompagner le Fpca et d’abriter son siège grâce aux actions antérieures des militants dans le domaine et à la qualité du cinéma tunisien. Il y aura certainement des défis à relever, mais j’exprime mon engagement à planifier tous les handicaps logistique, matériel ou financier. Fort heureusement cette responsabilité du Fonds représente un argument justifiant la présence du pavillon tunisien. Nous avons perdu une visibilité de notre cinéma dans la compétition officielle, mais notre savoir-faire et engagement a enfin tranché contre l’hésitation exprimée concernant le pavillon tunisien à Cannes».

Auteur : S.D.
Ajouté le : 20-05-2012